Démarche éthique

Que faire lorsqu’un patient refuse un soin ? Comment respecter l’intimité d’une personne âgée dans un établissement collectif ? Quelle place laisser aux familles dans les décisions qui concernent un proche ? À la Fondation Cognacq-Jay, ces questions ne restent pas sans réponse — mais elles ne reçoivent pas non plus de réponse toute faite. Elles font l’objet d’une réflexion collective, organisée, ancrée dans le quotidien des équipes.

Des questions qui viennent du terrain 

Le refus de soins, la place de l’intimité dans une chambre d’établissement, la fin de vie, les droits des personnes accompagnées face aux contraintes institutionnelles : ce sont ces situations concrètes, vécues par les professionnels au quotidien, qui alimentent la démarche éthique de la Fondation. L’éthique n’y est pas traitée comme une discipline abstraite, mais comme une aide à penser les cas difficiles — ceux où plusieurs choix sont possibles, où les valeurs entrent en tension, où il n’existe pas de bonne réponse évidente.

On a longtemps géré ces situations chacun dans son coin. Avoir un espace où on peut poser la question sans que ce soit un aveu d’échec, ça change vraiment quelque chose.

Des espaces pour en parler, sans décider à la place des équipes 

Dans chaque établissement, des espaces éthiques locaux permettent aux professionnels — soignants, éducateurs, travailleurs sociaux — de se réunir autour des situations qui les questionnent. Ces espaces sont consultatifs : ils ne prescrivent pas, ils délibèrent. Ils sont ouverts à tous les métiers, et peuvent associer usagers et familles. Au niveau de la Fondation, un comité transversal rassemble les référents éthiques de chaque établissement deux fois par an, pour partager les expériences et identifier les enjeux communs. 

Ce qui nous a surpris, c’est que les mêmes sujets revenaient dans des établissements très différents — la chambre comme espace privé, le consentement, la place des familles. Mettre des mots communs sur ces tensions, c’est déjà avancer.

Armel Villard
Directeur de la Maison d’enfants de Haute-Savoie et référent éthique pour l’établissement

Une culture qui se construit dans la durée 

Former, sensibiliser, mettre à disposition des ressources : la Fondation travaille à faire de l’éthique un réflexe partagé plutôt qu’un exercice ponctuel. Des fiches pratiques, des temps de formation et une biennale éthique ouverte à tous les professionnels constituent les outils concrets de cette démarche. Les grands enjeux à venir — place du numérique et de l’IA dans le soin, vieillissement, autonomie des personnes — seront abordés avec la même méthode : partir des situations réelles, délibérer ensemble, sans prétendre trancher. 

On ne cherche pas à résoudre les questions éthiques une bonne fois pour toutes. On essaie d’être mieux équipés pour les traverser, ensemble, chaque fois qu’elles se posent.

Giorgia Sebregondi
Directrice de la communication, du mécénat, de l’innovation et de la prospective à la Fondation Cognacq-Jay, copilote du comité éthique Fondation.